"Se trouver devant la grotte et avoir irrésistiblement l’envie d’y pénétrer…
Peins !
Rend visible l’invisible, apprend l’incompréhensible.
Creuse la terre à mains nues, tes doigts s’écorchent, tes ongles usés se retournent,
se fondent dans le magma brûlant,
cercles concentriques effervescents et toujours aussi inatteignables, mystérieux
cauchemar dans l’illusion d’un paradis.
Palier n°1, tu devines ? C’est la révélation ! Tout devient clair puis subitement
tu réalises en un instant, en un fragment de
seconde que… tout t’échappe, tu ne vois plus rien, c’est le brouillard opaque et
glauque de l’étape suivante. Le coeur serré,
tu avances dans le risque permanent de sombrer, tomber, te perdre.
Tu as peur, ça t’excite !... ouvre toi avec béance,
Peins, viole toi, violente toi, jette toi,
Peins, traverse le néant, atteins l’absence, détache toi de ta matérialité, gagne
la grâce
Peins, l’immonde côtoie le sublime.
Peindre, s’hypnotiser, s’oublier, ne plus penser, tranquillement, lâche et tombe,
arrache toi à la mort.
Tu contemples le tableau, tu cries « Horreur »,
C’est tout à la fois, doutes et certitudes, souffrances et béatitudes, insatisfactions
et émerveillements,
Le lendemain, tu entres dans l’atelier, en sifflotant, l’air de rien, tu as tout
oublié d’hier,
tu avances sans rien dire, en aveugle tu continues à frotter ton pinceau sur la
toile
En attendant….
En attendant ta fin, en attendant la fin de cette éternelle solitude triste à mourir,
bourrée de douleur et cela fait mal… si mal.
Un matin tu te lèveras, comme par enchantement tout s’illuminera et ne sera qu’harmonie,
plénitude, enfin, tu seras au bout
de la grotte et tout ce que tu auras traversé, tu l’auras oublié.”
Paris, le 6 mars 2004
Claude Como